La baisse des rendements n'est pas une fatalité

Impressum: auteur Herbert Brändli (Détails) – Article dans Market.ch (Finance / Dossier - Caisses de pension), page 26-27, publié septembre 2011.

A PEINE LES CAISSES DE PENSION ONT-ELLES ÉCHAPPÉ À LA CRISE FINANCIÈRE ET À SES RÉPERCUSSIONS PARFOIS IMPORTANTES SUR LES CAPITAUX DE PRÉVOYANCE QU’ELLES SE TROUVENT CONFRONTÉES À DE NOUVEAUX DÉFIS. BON NOMBRE D’ÉCONOMIES ABAISSENT LEURS TAUX D’INTÉRÊT ET DONC LES RENDEMENTS. DES ETATS QUI, EN LEUR QUALITÉ DE GROS DÉBITEURS, SONT LARGEMENT REPRÉSENTÉS DANS LES PORTEFEUILLES DES INSTITUTIONS DE PRÉVOYANCE, SE TROUVENT AU BORD DE LA FAILLITE. LES ORGANES RESPONSABLES ONT DONC FORT À FAIRE, ÉVOLUANT TANT BIEN QUE MAL SUR LE GRAND HUIT DES ATTENTES DE LEURS ASSURÉS, DES EMPLOYEURS ET DES MILIEUX POLITIQUES.

Depuis que la LPP permet à tous les salariés de Suisse de percevoir une rente ou un capital de prévoyance à la retraite, une pluie de critiques s’est abattue sur le système : conditions d’accès excluant les bas salaires, absence de transparence, avoirs de vieillesse échelonnés, qui nuisent aux travailleurs âgés sur le marché de l’emploi, cages dorées sous forme de règles de libre passage d’abord inexistantes puis insusantes, frais de gestion et d’assurance excessifs et, en n, incapacité totale à s’adapter à l’évolution démographique. Mais l’analyse approfondie des comptes rendus des médias montre que ce ne sont pas les problèmes des caisses de pension qui pèsent le plus. Il semblerait plutôt que les caisses de retraite doivent servir d’abord à favoriser des intérêts particuliers, scaux, entre autres. Or, les conseils sur la conduite à tenir en des temps diciles devraient se référer à des intérêts supérieurs, à savoir la mission sociale qui incombe aux caisses de pension.

Mission et objectifs

D’un bout à l’autre de l’Europe, seuls la Suisse et les Pays-Bas misent résolument sur le système de la capitalisation. Tous les autres pays ont, soit échoué à le mettre en place (Allemagne), soit privilégient, forts d’une tradition socialisante, le système de la répartition (France, Italie). Il s’ensuit que la population active nance les rentes des retraités par le jeu de transferts, comme c’est le cas de l’AVS en Suisse. Cette approche est très sensible au vieillissement de la population puisqu’il appartient à des jeunes de moins en moins nombreux de soutenir des personnes âgées en augmentation constante et qui perçoivent des rentes sur une période plus longue, ce qui, bien entendu, ne pourra fonctionner à la longue.

Les promesses de prestations de l’Etat, qui se vendent bien sur le plan politique, pèsent d’autant plus sur les générations futures qu’elles ne conduisent pas à constituer des capitaux de couverture qui permettraient de soutenir la croissance de l’économie tout entière. Par contre, la bombe à retardement de la pyramide des âges ne touche les caisses de pension que de façon marginale car elles reposent sur la constitution de capitaux de vieillesse personnels, que les jeunes assurés prélèvent sur leurs revenus. Pour la majeure partie des salariés, il s’agit là de l’essentiel, sinon de l’unique source de leurs économies personnelles. Elles favorisent la croissance et serviront à nancer leurs retraites. Il reste aux caisses de pension quelques 60 années par assurés pour amasser des réserves su¬santes pour assurer le nancement des rentes. Dans ce contexte de capitalisation, l’augmentation de l’espérance de vie joue un rôle beaucoup moins important – si tant est qu’il en ait unque la productivité, à savoir le rendement net des placements.

Ce rendement est censé garantir des rentes constantes, durables, équivalant au minimum au pouvoir d’achat des cotisations acquittées par les assurés. Autrement dit, les caisses de pension doivent rester maîtresses de leurs coûts et de leurs revenus à long terme. Il découle de cette mission fondamentale que de bonnes prestations requièrent des boni cations d’intérêts suf santes, lesquelles dépendent de revenus distribuables en quantité susante. Ces derniers, à leur tour, ne sont envisageables qu’au prix de placements en valeurs réelles. Ils doivent pouvoir être distribués et non pas aller alimenter des réserves.

Evolution des marchés d’investissement

Les placements en valeurs réelles sont soumis à des uctuations que les caisses de pension doivent savoir gérer a n de pouvoir procéder à des répartitions équitables à la fois sur le plan individuel et dans le temps. Les caisses de retraite suisses ont en principe accès à tout l’éventail mondial des actifs mais elles investissent principalement en obligations, actions, immeubles et sur le marché monétaire. Ces actifs se distinguent largement les uns des autres par leur potentiel de rendement à long terme, comme en témoigne le Credit Suisse Global Investment Returns Yearbook (voir le graphique). Ainsi, le rendement réel des immeubles a évolué à mi-chemin entre celui des actions et des obligations.

Du point de vue macroéconomique, les caisses de pension devraient donc logiquement placer la totalité de leur fortune en actions. Ces dernières satisfont aux conditions du long terme et sont un instrument idéal pour transformer les uctuations des postes de l’actif en prestations constantes au passif. Bon an mal an, 30 milliards de francs de versements en rente et en capital font pendant, actuellement, à 45 milliards de francs de cotisations. Ce rapport s’améliore d’année en année au pro t des cotisations; en d’autres termes, les caisses de pension ont des besoins de placement grandissants et sont à même de supporter sans dommage des variations temporaires de leurs actifs. Cette aptitude est une condition nécessaire à la détention d’actions, en même temps qu’elle renforce la con ance dans le fait que l’évolution du cours des actions n’a pas à susciter de craintes. Les crises maîtrisées dans un passé récent et la nouvelle phase de baisse des marchés s’inscrivent parfaitement dans l’évolution à long terme des placements. Cent dollars investis en 1899 auraient rapporté 157 596 dollars fin 2009, et ce, en dépit de décon tures boursières impressionnantes comme la crise économique de 1929, pour ne citer qu’elle. Les uctuations des placements en actions n’en requièrent pas moins des nerfs solides et doivent parfois pouvoir être supportées sur de longues périodes. Toutefois, ces revers peuvent être compensés par des journées de liesse et des années, voire des décennies de prospérité, comme le 13 mars 1933 ou les années de boom 1985, 1986 et 1987, ou encore la prospérité prolongée qui a duré de 1949 à 1961. Il n’en reste pas moins vrai qu’il convient de ne pas céder à des ventes paniques mais au contraire de conserver ses placements et de réinvestir sans cesse les revenus de son capital. Si cette approche avait été appliquée aux obligations, les 100 dollars investis en 1899 auraient dégagé un revenu de 3479 dollars en 2009.

Que faire?

Les engagements en crédits et en obligations rapportent de toute évidence beaucoup trop peu au 2e pilier, notamment après déduction des frais réglementaires de gestion et de contrôle, en hausse permanente. À cela s’ajoute que les placements prétendument sans risque en titres d’emprunts publics se révèlent être de plus en plus une entreprise à risque infructueuse. Aux caisses de pension d’en tirer les conséquences. Il leur faut exploiter systématiquement la liberté accordée par le législateur dans le choix des véhicules de placement, gérer de façon professionnelle et juste pour tous les assurés les écarts par rapport à la stratégie à long terme, s’accommoder sciemment de découverts et d’excédents de couverture et traiter les entrées et sorties de façon objective, équitable pour les assurés actifs et les retraités. Obliger l’employeur à prendre ses responsabilités en cas de découvert, comme on tente de le faire à coup de prescriptions en matière d’établissement des comptes et de dispositions relatives à la gouvernance d’entreprise, c’est l’amener à se venger et à revendiquer les mêmes droits en cas d’excédent de couverture. Ce serait là sacri er la force de l’indépendance et saper les fondements de la prévoyance professionnelle. 

Herbert Brändli, économiste d’entreprise et expert diplômé en assurances de pension, est président-fondateur de B+B Prévoyance SA et directeur de la fondation collective Profond. Il s’est donné pour mission d’apporter davantage de dynamisme et de transparence dans le système de la prévoyance professionnelle et, selon ce principe, de proposer à ses clients des conseils éclairés et des solutions de rechange intéressantes.  

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