De l’impérieuse nécessité d’améliorer les rendements des caisses de pension

Impressum: auteur Herbert Brändli (Détails) – Article dans L'AGEFI, 22 juin 2010.

Tous les experts s’accordent à tresser des lauriers à la Suisse pour son système des trois piliers. C’est elle qui a obtenu la meilleure note globale dans un comparatif mondial des régimes de retraite. Grâce à la bonne évolution du 2e pilier.

Au sein de la trilogie de l’assurance-retraite – prévoyance d’Etat, prévoyance d’entreprise et épargne privée –, le 2e pilier prend une place grandissante dans des économies vieillissantes. Grâce à leur capacité de risque quasi illimitée, les caisses de pension sont à même de générer des rentes supérieures à la moyenne. Or des conceptions du risque fondamentalement erronées menacent de réduire cette aptitude à néant. Il est urgent de faire en sorte que ces caisses s’insèrent de façon adéquate dans le tissu social afin qu’elles puissent exploiter au mieux leur potentiel de rendement naturel. Faute de modifier très vite certains paramètres essentiels de la prévoyance d’entreprise, nous courons le danger de voir le système des trois piliers aller droit dans le mur.

La prévoyance d’Etat repose sur le principe du contrat intergénérationnel: les générations suivantes financent les rentes de la génération précédente à coup de cotisations et d’impôts. À la longue, ce sont de moins en moins d’actifs qui font vivre de plus en plus de retraités. L’AVS, qui a autorité en l’espèce, perd donc de son efficacité pour des raisons démographiques. Tel qu’il fonctionne, le système n’est plus viable. Si l’on veut garantir l’existence et le niveau de vie des personnes âgées malgré les déficiences du 1er pilier, il faut que le 2e pilier fasse mieux.

Le 2e pilier finance les rentes de vieillesse selon le système dit de la capitalisation; en d’autres termes, les futurs bénéficiaires financent leurs retraites par leurs propres versements. Le montant de ces rentes dépend des cotisations d’épargne acquittées, des revenus dégagés par les placements et de l’espérance de vie générale. Tant que ce dernier paramètre augmentera et que le 1er pilier sera contraint d’exiger toujours plus de cotisations pour s’en sortir, la garantie financière du mandat constitutionnel ne pourra être acquise que si les caisses de pension améliorent leurs rendements.

L’influence des rendements nets sur le montant des rentes de vieillesse est énorme. Aussi est-il essentiel que les caisses de pension maîtrisent leurs coûts et atteignent des objectifs de placement reproduisant à tout le moins l’évolution de l’économie globale. L’élément central de la pesée des risques est l’idée de solidarité. Celle-ci se traduit par un équilibre des écarts de durée de versement des rentes consécutifs aux différences d’espérance de vie, ainsi que par un équilibre des variations des actifs consécutives aux fluctuations des marchés. Cette solidarité naturelle inhérente au 2e pilier ne doit être sacrifiée ni à des considérations systémiques ni à des prétentions de possession internes ou externes.

Pour le moment, les cycles de prévoyance individuels sont de 65 ans en moyenne. Aussi longtemps qu’une économie nationale exploitera un système de prévoyance d’entreprise, les caisses de pension n’auront de cesse de «recruter» de nouveaux salariés qui leur offriront au total un horizon d’existence et de placement illimité. C’est pourquoi elles sont parfaitement armées, sur le plan de la gestion technique du risque, pour équilibrer les variations biométriques et celles inhérentes à la technique de placement. Les risques d’investissement sont indissociables de la durée de détention des actifs. Les fluctuations de valeur ne pèsent sérieusement dans la balance que quand elles sont source d’insolvabilité ou détériorent le substrat des placements de façon irréversible, soit par plagiat d’instruments de placement corrompus, soit par des liquidations forcées, soit encore par la réalisation tactiquement malheureuse de pertes en capital.

Assimiler systématiquement la volatilité au risque procède d’une généralisation aussi déplacée que nuisible. Avant l’âge de 59 ou 60 ans, aucun assuré, sauf rare exception, n’a droit au versement de son capital de prévoyance et, même après son départ à la retraite, les deux tiers environ de la réserve mathématique restent acquis à sa caisse de pension. Ce qui explique que les fluctuations de valeur ne constituent pas un risque sérieux pour le 2e pilier. De même, le prolongement dans le temps d’une rente de vieillesse n’est pas un piège soudain ou inattendu.

La primauté du lissage des rendements, solution que privilégie le législateur, est une option extraordinairement déficitaire et, comme la constitution de réserves de fluctuation, inadéquate. Il ferait mieux d’aménager pour les caisses de pension un cadre légal dans lequel, tout en préservant leur autonomie et leur indépendance, elles puissent cultiver leur vision de solidarité et fonctionner comme des communautés de risque attentives à générer des prestations substantielles et pérennes. L’horizon de placement, qui appartient au long terme par nature, ne saurait être abrégé par le jeu de transferts inopportuns. Le transfert des capitaux de prévoyance d’une institution à l’autre, tel que le prescrit la loi, ne conduit qu’à des luttes de répartition permanentes et inutiles ainsi qu’à des redistributions incontrôlées. 

Herbert Brändli, économiste d’entreprise et expert diplômé en assurances de pension, est président-fondateur de B+B Prévoyance SA et directeur de la fondation collective Profond. Il s’est donné pour mission d’apporter davantage de dynamisme et de transparence dans le système de la prévoyance professionnelle et, selon ce principe, de proposer à ses clients des conseils éclairés et des solutions de rechange intéressantes. retour

 

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